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Histoire de la vie du Compositeur Edmond RYBSKI PDF Imprimer Envoyer

Edmond RYBSKI est né le 02 janvier 1936 à Bully les Mines, 2ème enfant de RYBSKI Wilhelm et de THOMANN Anna.
Nos parents sont arrivés en France en 1923 et venaient comme de nombreux autres Polonais de Westphalie, en Allemagne. Ils se sont connus en France et mariés en 1933 à Liévin puisque notre mère habitait cette ville, notre père résidant à Bully les Mines.

L'enfance d'Edmond s'est passée à Bully les Mines, dans la cité des Alouettes, à l'école primaire des garçons dont le directeur de l'époque était Monsieur Valéry POUBELLE.
Il fait sa communion solennelle en l'église de Grenay.

A 13 ans, il a la chance de faire partie des premiers vacanciers au château de La Napoule avec nos parents. Dès l'âge de 14 ans, Edmond est allé à l'école des galibots pour apprendre le terrible métier de mineur. Il commence sa carrière à la fosse N°1 de Bully les Mines.

Avec son cousin Martin, Edmond a fréquenté l'école polonaise de 1945 à 1950. Cette même année 1950, il a l'occasion de partir en vacances en Pologne, qui ouvrait, pour la première fois depuis la fin de la guerre, ses frontières à des ressortissants de l'ouest. Il y retrouve des membres de la famille repartis dans les années 1946/47 et notamment notre tante Hélène, soeur de notre père.

Avant d'être mobilisé, il a le temps de fêter ma communion en 1956.
Puis, c'est la dure période de son service militaire en Algérie. Il fait ses classes à El Biar pour être ensuite affecté à Laghouat, aux portes du désert, dans les transmissions.

Notre père Wilhem, sentant que la terrible silicose finirait par avoirrapidement raison de sa santé, demanda le retour de son fils en qualité de mineur avant la fin de son service en Algérie. Grâce en partie aux démarches pertinentes de notre cousin Martin WLODARCZYK, Edmond fut rapatrié chez lui et a fini la durée de son service militaire, mineur de fond au N°1 de Bully. Jamais je ne pourrai oublier la scène émouvante que j'ai vécue lors du retour d'Edmond remontant à pied le «coron» maintenant rue Boileau, et notre père sortant de chez lui pour aller à la rencontre de son fils et le serrer dans ses bras en ne pouvant plus s'arrêter de pleurer. C'est d'ailleurs la seule fois où Edmond et moi avons vu notre père pleurer.

Le 08 avril 1958 est arrivé le grand malheur dans la famille RYBSKI, le décès de notre cher papa, appelé par tous Willy. Cela a provoqué un déclic chez Edmond. D'une manière aussi soudaine qu'inattendue, Edmond, à 22 ans et moi à 13 ans avons éprouvé le besoin intense d'apprendre la musique. Ensemble, nous sommes allés prendre des cours de solfège chez le chef de musique de l'Harmonia, Jean KAJCZYK.

La même année, Edmond a senti en lui l'inspiration musicale et le désir de composer de la musique. Cela a tellement été soudain et rapide qu'il ne connaissait pas encore toute la théorie musicale, mais déjà des airs lui trottaient dans la tête et c'est avec les conseils du chef Jean KAJCZYK qu'Edmond écrivit ses premières partitions et les arrangements instrumentaux des morceaux composés.

Dans un premier temps, tous les airs composés étaient arrangés pour être interprétés par l'Harmonia. Le premier morceau a été une valse, Irèna suivie de Bez Zalu (sans regrets).
A partir de ce moment, cela devenait euphorique et prolifique. Les airs défilaient dans sa tête les uns après les autres et il n'avait plus le temps matériel d'en écrire les orchestrations çomplètes. Dès qu'une inspiration musicale lui parvenait, il en écrivait tout de suite la mélodie. Combien de fois je voyais Edmond remonter le coron en criant «Richou, j'ai une magnifique polka dans ma tête ! je monte l'écrire tout de suite.»
Evidemment, «Richou» avait la primeur d'écouter la mélodie écrite.

Le plus extraordinaire de tout est qu'Edmond composait ses mélodies et orchestrations avec son Baryton tchèque que la famille RYBSKI avait ramené d'Allemagne en venant s'installer en France en 1923. Ce type d'instrument au pavillon courbé était encore inconnu dans notre pays. Edmond aimait par dessus tout cet instrument et dans ses compositions il lui donnait une place de choix. Il maîtrisait son Baryton d'une manière inouïe à tel point qu'il orchestrait toutes ses compositions avec celui ci.

Tous les chefs d'orchestres qui ont été en relation avec Edmond se demandent encore aujourd'hui comment il a pu écrire les partitions de flûte, clarinette, saxo, et surtout violon et bandonéon avec son instrument fétiche.
Comment pouvait il trouver les accords de ces instruments sans jamais se tromper ? Il est certain qu'Edmond possédait l'art musical d'une manière insoupçonnée à l'époque.
Les compositeurs orchestrent les airs qu'ils composent avec un accordéon, un piano ou maintenant un synthétiseur. Cela ne fait qu'ajouter au mérite d'Edmond son immense talent.
Chaque dimanche il se rendait à l'Idéal Dancing route de Béthune à Lens lorsque l'orchestre de François KMIECIK animait la soirée ou au Gaîty de Stéphane KUBIAK et il leur proposait ses compositions orchestrées durant toute la semaine. Bien souvent, les deux chefs d'orchestre précités jouaient ses morceaux sans les avoir répétés au préalable. Les copains d'Edmond et son cousin Martin avaient ainsi la primeur d'écouter ses dernières polkas et valses.
Naturellement, toute sa Musique était d'inspiration slave, polonaise et surtout tchèque.

Rapidement Edmond s'est orienté vers l'orchestration de ses mélodies pour orchestres de bal et devenait aussi Editeur de Musique. La plupart des orchestres polonais de notre région ont alors joué ses polkas, valses, oberek, et tangos. Bien sûr, Edmond n'oubliait pas sa chère Harmonia où il était devenu sous chef et pour laquelle il orchestrait toutes ses compositions.

A la naissance de ma fille Evelyne, Edmond était très fier d'en être le Parrain et naturellement elle sera une future musicienne. Lorsque ma 2ème fille Sabine vint agrandir la famille, Edmond s'est dit qu'il serait peut être temps pour lui de songer à fonder sa propre famille.
La chance se produisit au travers d'une reconversion des mineurs au début des années 70. Il commence alors une nouvelle carrière professionnelle dans une entreprise installée sur la Zone Industrielle de Noeux les Mines — SODRAL SIDRAL puis SICOPAL —
Il rencontre là sa future femme Claire LAURENT qu'il épousera le 11 septembre 1975.

La vie d'Edmond RYBSKI était désormais entièrement consacrée à sa famille et à la Musique bien sûr.
L'année 1976 vit la naissance de sa fille Sandrine suivie en 1978 de son fils Jérôme.

Inutile de préciser le bonheur d'Edmond d'avoir enfin sa petite famille qui, évidemment, baignera dans une atmosphère musicale. Evidemment les deux compositions qui suivirent s'intitulèrent SANDRINA, une valse et JEROMEK une polka.

Tout cela lui donna un tonus et un regain d'inspiration musicale freinée seulement par le temps disponible.
Il s'impliquera de plus en plus dans l'Harmonia et lui apportera son orientation et son style de musique si particulier.
«Harmonia Marsz» fut la première des nombreuses marches composées spécialement pour son Harmonia. Des oeuvres moins connues et particulièrement des potpourris tels que «Swiçto we Wiosce : la fête au village», «L'Harmonia en fête», «Espérance » et une ouverture dont il n'a pas eu le temps de donner un titre et que j'ai intitulé «Honneur aux mineurs» montrent le potentiel très ouvert des capacités de compositions musicales d'Edmond.
Que dire alors lorsqu'un chef d'orchestre téléphonait à Edmond pour lui annoncer qu'il avait enregistré l'un de ses morceaux ! il était fou de joie et ses yeux pétillaient de bonheur.

Les compositions pour lesquelles Edmond RYBSKI ne pouvait plus contenir sa fierté et son immense satisfaction furent d'abord Bonheur Perdu — Szczescie Stracone — créé en 1982 et magistralement interprété par François KMIECIK et son orchestre. Ce fut un «tube» qui faisait le régal des radios locales.
Stéphane KUBIAK ne pouvait que relever le défit et c'est ce qu'il fit en enregistrant la magnifique valse - Où est Passée ma Jeunesse ? Gdzie Minela moja M-todosc — Je me souviendrai toujours de la scène. Edmond qui courrait de sa maison, Rue Debeaumont, à Bully les Mines, pour aller à ma rencontre en disant : «Richou, viens écouter à la maison mon nouveau morceau enregistré par KUBIAK. Il est aussi beau que Bonheur Perdu. L'orchestration est fantastique !» Jamais je n'oublierai cet instant. Voir son frère, fou de joie, sans aucune considération d'argent mais simplement heureux d'avoir donné et communiqué à tous ses merveilleuses mélodies.

Dès l'apparition des premières radios libres locales, Edmond créa sa propre émission le samedi après midi sur les antennes de radio C.I.E.L installée à Loison sous Lens. Inutile de préciser que ce fut un succès sans précédent car Edmond faisait apprécier à de nombreux mélomanes cette musique polonaise et surtout tchèque qui enchantait un public ravi. Bien sûr ses propres compositions interprétées par les orchestres «polonais» de la région avaient la primeur à l'antenne. Sa gentillesse et sa simplicité faisaient découvrir sur les ondes un jeune et sympathique compositeur proche de son public.
Notre maman, «Mamie Anna» pour ses petits enfants, était très fière de son fils Edmond et à chaque passage de l'un de ses morceaux sur les ondes disait : çà, c'est Edmond qui l'a composé !

Malheureusement une terrible maladie, le cancer, le frappe de plein fouet et fin 1983, la santé de mon frère commence à poser de très sérieux soucis. Déjà au banquet de l'HARMONIA, en novembre 1983, son visage laisse apparaître les signes d'une perte de vitalité.

En février 1984, Edmond fait sa dernière apparition avec son HARMONIA et son Baryton fétiche au Carnaval de Bully. Je me souviens qu'au cours du défilé Edmond me dit : Richou, tu te rends compte je n'arrive plus à souffler dans mon Baryton. J'avais les tripes qui se tordaient en regardant mon frère suivre péniblement le défilé.
Puis, très vite ce fut l'hospitalisation, l'opération des intestins et le calvaire de la chimiothérapie.

En cette mémorable et terrible année 1984, j'avais décidé d'organiser un jumelage musical entre une Musikkapele du Tyrol et l'Harmonia. Cette idée folle à l'époque avait été conçue dans le but de faire connaître le folklore tyrolien chez nous. J'avais invité la Musikkapele de Reith bei Seefeld et un groupe de danseurs de Schuhplattlers de Zirl. Déjà, Edmond avait en tête des morceaux tyroliens. Malheureusement, il n'eut pas le temps d'en écrire les orchestrations.
Le jeudi de l'ascension du 31 mai 1984 vit à Bully les Mines un magnifique défilé folklorique avec la formidable société de musique HARMONIA, le groupe folklorique polonais Kultura i Tradycja de Courcelles les Lens et bien sûr, les Tyroliens de Reith. Edmond était miné par sa terrible maladie et pour la dernière fois il mettait son costume de l'HARMONIA pour assister au passage du défilé sur le trottoir devant sa maison.
J'avais spécialement organisé le parcours des formations pour mon cher frère. L'émotion de tous les participants pouvait se lire sur les visages et jamais je ne pourrai oublier cet instant.
Avec le recul du temps, je me demande encore
comment j'ai pu avoir le courage d'engager et de réaliser de pareilles festivités ce jour là. C'était sans doute pour forcer le destin et montrer à Edmond toutes ces belles choses.

Les enfants de mon frère sont maintenant adultes. Sandrine a fondé une famille et Jérôme, comme Edmond dans sa Jeunesse, vit avec sa maman dans la maison familiale. Bien sûr, Claire, Sandrine et Jérôme sont tous les trois membres
à part entière de l'HARMONIA. Sandrine joue de la clarinette et Jérôme ... a repris l'instrument de son papa le fameux Baryton tchèque à palettes. Il est sous chef au sein de notre Association et musicien de la Kapela où il joue du Bandonéon. Peut être aurons nous l'occasion un jour, d'interpréter des compositions de RYBSKI Jérôme

Aujourd'hui mon frère n'est plus là, mais il nous a laissé sa merveilleuse musique et les «Vive notre Polka», «Où est passée ma jeunesse ?», «Bonheur perdu» et autre «Viva Mexico» continueront encore longtemps à nous faire danser.

Mon cher EDMOND, au travers de ta musique, tu resteras toujours présent dans mon coeur, celui de ta famille, et de tous ceux qui ont eu la chance de te connaître et de t'apprécier.


Ton frère RICHARD

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